Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
perechnaja mjata.com

Note : l'ombre du chat

5 Septembre 2013 , Rédigé par Perechnaja mjata

Le 01.02.11

L’ombre du chat

L’allure décidée, marchant à grandes enjambées, l’homme au regard inquiet semble pressé et quelque peu inquiet, comme s’il tentait de fuir quelque chose, invisible à nos yeux.

Cela fait maintenant près de deux heures que je suis assise sur ce banc, à observer la foule qui passe et repasse, avant qu’elle ne trépasse. De temps à autre, ma main vient effleurer l’assise du banc jusqu’à ce que l’ongle de mon index se décide à retirer avec précaution la peinture blanche tout écaillée qui tombe sur le sol en morceaux épars.

Alors que ma main glisse à nouveau sur l’assise du banc, et que j’éprouve un plaisir étrange lié à la sensation de douce rugosité qui s’empare de mon doigt, de ma main, de mon bras, puis de mon être tout entier ; mon regard est soudain attiré par l’allure tout à fait singulière d’un homme qui semble pressé, non pas pour se rendre à un endroit quelconque, mais parce qu’il semble fuir quelque chose d’invisible à mes yeux. Si j’ai reconnu immédiatement la cause de son empressement, c’est bien parce que l’homme en question ne se précipite pas droit devant, bien au contraire, il se presse sans cesser de jeter, toutes les quatre enjambées, des regards en arrière, comme pour vérifier si son poursuivant est enfin semé.

Le voilà maintenant qui lance de petits cris, visant à inciter l’invisible assaillant à rebrousser chemin :

« Pfffuit, Pffffuit, Pfuitt »

Rien à faire pourtant, ces tentatives sont vaines et toutes les quatre enjambées, il répète la scène. Je fronce les sourcils de surprise et m’apprête à interpeler l’homme pour éclaircir la situation lorsque s’approche du banc un vieil homme tout courbé, qui tient fermement une canne de sa main droite toute ridée. Il cale sa canne, vraisemblablement en bois de noyer, entre ses deux genoux et prend place à ma droite. Il tourne son regard rapidement vers moi, et visiblement, me juge à son goût pour commencer un discours :

« La foule a bien changé, ces dernières années. De mon temps, les gens étaient moins pressés… Regardez, aujourd’hui, les gens… Les voilà qui s’affairent, ils ne prennent même plus le temps de manger correctement, assis dans une brasserie. Non, les voilà qui mangent en marchant ! Ils sont devenus habiles, ma foi… De mon temps, nul n’aurait risqué de salir sa redingote pour un casse-croûte médiocre. J’ai soixante-treize ans, moi, monsieur, et je peux vous dire que le monde a bien changé pendant toutes ces années… »

Comprenant bien que le vieux pourrait continuer ainsi son monologue des heures durant, je me hasarde à lui raconter ma rencontre avec l’homme pressé qui se retournait sans cesse. Je tente ainsi de changer le cours de la discussion et aussi, de voir quelles hypothèses le vieux peut-il me soumettre, afin que je poursuive l’étude de ce cas.

Publicité
Note : l'ombre du chat
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article